Critique – On l’appelait Bennie Diamond – Michaël Dichter – Les Léonides
Quand, par un accident dû à la maladresse de votre père, on se retrouve avec un éclat de diamant incrusté dans le visage, votre chemin est tout tracé.
Et pourtant, devenir diamantaire fut un chemin de croix pour Bennie Goodman à propos duquel sa mère disait qu’il « était né avec le feu. »
Parallèlement à la narration du parcours de Bennie, celui qui est le plus détaillé, Michaël Dichter déroule celui de Yehuda, le grand-père qui, quarante ans plus tôt, traça son propre chemin contre l’avis de son rabbin de père en fuyant le nazisme et en devenant un diamantaire renommé et respecté de la place d’Anvers.
Son propre fils Moshé, comme son aïeul avant lui, choisira la religion en se chargeant de l’entretien d’une synagogue, tout en travaillant pour la modeste affaire familiale de retoucherie.
Comme si la pratique du judaïsme et l’amour des pierres précieuses sautaient une génération.
Comme si les géniteurs ne parvenaient pas à transmettre à leurs propres enfants.
Comme si ces derniers avaient toujours eu un peu honte de leurs pères.
Comme si les petits-fils ressemblaient davantage à leurs grands-pères qu’à leurs pères.
L’auteur, qui signe ici son premier roman, a composé une fresque familiale avec son lot de secrets, d’injonctions, d’hypocrisies, de culpabilités, d’humiliations, de lâchetés, de jalousies, de manipulations, de trahisons, mais aussi d’amour, qui tient à la fois du récit d’apprentissage soulignant l’importance des choix dans les trajets de vie, de l’histoire économique avec la description du fonctionnement fascinant de la bourse du diamant d’Anvers tenue principalement par les Juifs avant qu’ils ne soient concurrencés par les Indiens et de la peinture des traditions juives ashkénazes dont certains s’affranchissent, l’appel de l’argent étant plus fort.
On ne boude pas son plaisir à la lecture rythmée des aventures chaotiques de l’ambitieux, opiniâtre et talentueux, mais néanmoins attachant Bennie, prêt à tout pour réussir sa vie, quitte à faire des choix douloureux, et racheter l’honneur des siens.
EXTRAITS
- Les prières de ceux qui n’ont rien sont les plus sincères.
- Ce n’est pas l’argent qui sauve, Bennie. C’est Dieu. Lui seul décide qui vit et qui meurt.
- On ne vend pas des diamants. On vend de la confiance. Du respect. De la réputation.
- Parce que ce n’est pas à Dieu de tout réparer. La foi, ce n’est pas croire que tout ira bien. C’est simplement croire qu’on trouvera la force de faire face.
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