Critique – Hors champ – Marie-Hélène Lafon – Buchet-Chastel
Claire et Gilles sont des personnages récurrents de l’œuvre de Marie-Hélène Lafon.
Claire est la sœur, l’aînée de quelques mois de Gilles.
Claire, douée pour les études, a quitté la ferme pour aller en internat, puis à Paris où elle est devenue enseignante.
Gilles est resté. En tant que garçon, il était destiné à aider le père et à lui succéder lorsque celui-ci serait trop âgé pour continuer d’assurer le labeur habituel rythmé par la traite, les vêlages, la fenaison…
Et dans ce monde paysan, la vieillesse arrive prématurément, les corps étant mis à rude épreuve, usés trop tôt.
Tout en décrivant, dans un style épuré où chaque mot est choisi avec soin pour qu’il sonne juste, qu’il claque, la vie dans l’exploitation agricole via dix tableaux alternant les figures de la sœur, puis du frère, Marie-Hélène Lafon interroge les liens qui unissent le taiseux à celle qui s’inquiète pour lui, décelant le désespoir qui le mine, et aussi l’assignation à résidence imposée par la tradition selon laquelle le « mâle » doit reprendre la ferme pour qu’elle ne quitte pas la famille qui en est la propriétaire et qui la chérit, malgré les épreuves, depuis des générations, quelles que soient les envies d’ailleurs de l’héritier, la haine féroce entre lui et son père, l’abandon des compagnes qui ne veulent pas de cette vie sans confort et sans avenir…
Par la grâce de son talent à jongler avec les mots, l’autrice des « Derniers Indiens » offre une voix à ceux qui ne les manient qu’avec parcimonie, pour dire le minimum, celui qui concerne le quotidien, sans jamais exprimer ses émotions.
Par la grâce de son écriture, elle confère à la nature, qu’elle aime tant, le pouvoir de saisir les drames humains.
Par la grâce de son acharnement à dire, elle creuse un sillon, celui d’honorer les gens de peu, pour construire un œuvre qui compte dédié à son Cantal natal.
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