Critique – Le Poing armé de Dieu – Hubert Prolongeau – Seuil

Critique – Le Poing armé de Dieu – Hubert Prolongeau – Seuil


Étudier les tenants et les aboutissants de la naissance d’une nouvelle religion dans la première moitié du 19e siècle aux États-Unis en mêlant faits réels et fiction, tel était le défi d’Hubert Prolongeau. Il est partiellement réussi selon moi.

C’est par la voix d’Orrin Porter Rockwell, ami des débuts, confident, homme à tout faire et, au fur et à mesure des menaces grandissantes, garde du corps de Joseph Smith, fondateur de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, que nous est racontée l’aventure de l’Église mormone, de sa création à l’assassinat de son prophète.

La scène inaugurale d’une grande brutalité, en l’occurrence le viol de la sœur du narrateur, donne le ton du roman dont la brutalité sous-tend le récit.

Chez les Rockwell, lorsque l’un des siens est agressé, on ne se précipite pas chez le shérif du coin pour se plaindre, on fait justice soi-même.

Ce qui n’empêche pas le patriarche de mener ses enfants à la baguette.

L’expédition vengeresse à laquelle participe le tout jeune Orrin sera pour lui comme un rite initiatique.

Désormais, la violence sera le fil rouge de son existence, dont le destin sera bouleversé à jamais par l’installation d’une famille très pieuse, les Smith, à côté de la misérable ferme des Rockwell.

Parmi la pléthorique fratrie, Orrin s’attache à Joseph, infirme de la jambe gauche après avoir été opéré à la suite d’une maladie dont il aurait pu ne pas réchapper.

Que trouve-t-il chez ce garçon infirme un peu plus âgé, lui qui ne maîtrise ni la lecture ni l’écriture, mais qui sait « traquer un animal », se nourrir, « tuer un homme et prier Dieu » ?

Son audace, son « art d’envoûter son auditoire », sa force de persuasion, son charisme tout simplement.

À l’instar de sa fervente mère, Joseph a des visions dans lesquelles le Christ lui apparaît et lui parle

Dès l’instant où il se confesse à Orrin, celui-ci ne doutera pas. Ou si peu…

Commence alors une longue lutte, marquée par la fureur et le sang ainsi que les exodes pour d’autres terres plus hospitalières, afin d’installer un culte dissident, le seul authentique bien évidemment.

D’autant plus que les affaires d’argent, qui ont entaché le mouvement, et la polygamie que pratiquait allégrement le guide n’avaient pas l’heur de plaire aux bien-pensants et aux autorités qui craignaient une atteinte à l’ordre public.

Sur fond de conquête de l’Ouest et de massacres des populations autochtones, Hubert Prolongeau nous plonge au cœur d’une secte qui compte encore de nombreux adeptes : quinze millions, dont six aux États-Unis.

Avec cette histoire vraie fictionnelle, il témoigne de l’importance de la religion au pays de l’Oncle Sam, un constat plus actuel que jamais. Sauf que le message originel du Christ a été bien souvent dévoyé…

L’auteur laisse aussi au lecteur le soin de croire ou non à l’honnêteté de Smith : est-il un imposteur et un manipulateur ou est-il persuadé que le Christ s’est adressé à lui et l’a missionné pour répandre la bonne parole ?

Le livre refermé, je ressens une forme de déception.

L’auteur n’a pas su, selon moi, exploiter un matériau éminemment romanesque. L’écriture est un peu plate et manque de souffle.

On aurait aimé appréhender, via ce roman, le processus d’emprise et de crédulité propre à tout phénomène sectaire.

Que nenni ! Et c’est bien dommage.

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil pour la découverte de cet auteur dont je ne connaissais pas l’œuvre.

J’essaierai peut-être de lire l’un de ses polars.

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