Critique – Les Lumières sombres – Arnaud Miranda – Gallimard
À l’heure où Donald Trump occupe l’espace médiatique et impacte l’ensemble du monde par ses décisions erratiques, il est important de mesurer les mouvements idéologiques qui ont sous-tendu sa victoire à l’élection présidentielle en novembre 2024.
En travaillant sur sa thèse portant sur les pensées de la décadence, l’auteur s’est intéressé « aux formes contemporaines de la pensée réactionnaire ».
« Les Lumières sombres », essai qui inaugure la collection « Bibliothèque de géopolitique » de Gallimard, s’attache donc plus particulièrement à la néoréaction qui est certainement la plus innovante au sein du maelstrom idéologique remettant en cause l’universalisme et la démocratie.
Au cœur de cette galaxie dogmatique émerge la figure de Curtis Yarvin, ingénieur-blogueur, dont les thèses ont été mises en pratique dès la prise de fonctions de Trump avec la création du DOGE, l’idée de faire de Gaza la « Riviera du Moyen-Orient », le détournement des États-Unis de ses alliés traditionnels que sont les Européens dont les fondements civilisationnels seraient minés par le progressisme culturel.
Pis, dans son discours de Munich de février 2025, le vice-président américain considérait « la menace russe secondaire par rapport au danger que représente l’idéologie progressiste qui dominerait l’espace européen. »
Avant de démontrer l’influence des doctrines « néo », Arnaud Miranda remonte à leurs sources en donnant un coup de projecteur sur « les principaux courants qui structurent la droite américaine » en distinguant trois grandes familles : les conservateurs, les réactionnaires et les libéraux.
Le contexte propre aux États-Unis inscrit la néoréaction, objet d’étude de l’ouvrage du politiste, dans le sillage de la restructuration de la droite américaine dans des années 2000 avec le triomphe du néoconservatisme et du mouvement libertarien.
La néoréaction serait une réactivation de la tradition réactionnaire dans un contexte postlibertarien.
Deux pôles structurent le mouvement : l’un incarné par Curtis Yarvin, soucieux de l’autorité politique dans un contexte de prospérité économique ; l’autre représenté par Nick Land qui regarde la néoréaction comme un tremplin pour l’accélération technocapitaliste.
Malgré leurs divergences, les néoréactionnaires partagent un même socle théorique : l’inégalitarisme, le pessimisme anthropologique qui constate que la violence est inhérente à l’homme, la haine de la démocratie, le refus du libéralisme politique, l’optimisme général à l’égard de la technique.
Un autre élément caractérise cette idéologie : son aspect contre-culturel qui s’appuie sur internet et refuse les canaux académiques et médiatiques traditionnels.
Si la néoraction infuse dans le monde politique, elle est aussi relayée par certains entrepreneurs dont la puissance financière et surtout les activités quasiment en situation de monopole ont le pouvoir d’abîmer, voire détruire, nos démocraties libérales.
L’un des plus influents est Peter Thiel qui modifie, via sa fondation et ses entreprises, le visage de nos sociétés.
D’une grande limpidité, l’essai synthétique d’Arnaud Miranda arrive opportunément pour comprendre la néoréaction afin de mieux la combattre point par point.
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