Critique – Attaquer la terre et le soleil – Mathieu Belezi – Le Tripode

Critique – Attaquer la terre et le soleil – Mathieu Belezi – Le Tripode


Après « C’était notre terre » (2008), bouleversant roman sur les « événements » en Algérie, et « Les Vieux fous » (2011), envoûtante épopée des prémices de la colonisation de l’Algérie à son indépendance en 1962, le talentueux Mathieu Belezi revient avec un nouveau récit sur ce pays, plongée dans les premières années de l’occupation française.

Le livre offre deux visions de cet épisode méconnu, fracture indélébile des rapports entre nos deux pays.

La première décrit l’installation des premiers colons, attirés par les promesses de l’État français de faire fortune. La désillusion sera immense. Ce moment est racontée par Séraphine, épouse et mère de trois enfants.

« Sainte mère de Dieu » invoque-t-elle pour manifester son désarroi et les calamités qu’elle et les « autres naïfs migrants » doivent affronter : le froid, la pluie, le vent, la canicule, la dureté du travail, la saleté, les maladies, la mort et l’hostilité, transformée peu à peu en haine, de la population locale contre les envahisseurs.

La seconde est narrée par un soldat. Concentré de barbarie, elle conte par le menu les violences insensées commises par les militaires pour se débarrasser des indigènes afin de permettre aux bons Français de s’installer et d’exploiter des terres peu fertiles.

Le témoignage de la femme, victime, au même titre que les autochtones, des décisions du « gouvernement de la République » est poignant.

Car, victime, elle l’est des mensonges des politiques qui ont vanté un paradis qui se révèle être un enfer. Venue d’un petit bout de France où elle vivait en sécurité, elle est confrontée à l’inconnu, à la différence et à l’immensité d’une terre qui ne semble jamais finir. Ce sont ces sensations que Mathieu résume le mieux en faisant dire à sa narratrice : « c’est une terre qui me fait peur ».

Le récit du combattant, aux accents céliniens, est d’une telle violence qu’elle provoque de l’écœurement. « Nous ne sommes pas des anges » répètent les soldats comme un mantra, tout en exterminant allègrement les barbares et, suprême affront pour les musulmans, en violant leurs femmes.

Civiliser les sauvages est l’argument avancé par les colonisateurs. In fine, c’est la folie meurtrière qui s’empare des hommes, la guerre et ses atrocités en étant l’expression la plus manifeste, qui est au cœur du roman.

Malheureusement, l’exagération dessert la force du propos.

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