Critique – Les Bouchères – Sophie Demange -L’Iconoclaste

Critique – Les Bouchères – Sophie Demange -L’Iconoclaste


En ces temps où le patriarcat est questionné, provoquant une régression avec le retour des mâles triomphants très actifs sur les réseaux sociaux, « Les Bouchères » offre un vent de fraîcheur féministe.

Et un peu radical, il faut bien l’avouer, mais néanmoins délicieusement amoral, à condition de ne pas être rebuté par l’hémoglobine.

Alors que son père a disparu, Anne reprend le commerce familial. Dans une société encore traditionnelle, une femme bouchère, ça choque. Et les ragots des commères du coin vont se répandre à vitesse grand V.

D’autant plus que, non contente de s’entêter dans son choix, Anne s’adjoint l’aide de Sacey qu’elle a connue pendant son CAP, puis de Michèle, une Guinéenne à la peau d’ébène.

Malgré leurs différences (Anne est une héritière, une fille à son papa un brin masculine dont la vie affective est un désert  ; Sacey arbore une féminité de racaille ; Michèle est lesbienne), les trois camarades, qui deviendront amies « à la vie, à la mort », forment un trio soudé et un peu revanchard, c’est un euphémisme, à l’égard de la gent masculine.

Leur entente repose non seulement sur leur désir de prouver leurs capacités dans un environnement viril et d’apporter leur touche personnelle à grands renforts de fleurs et de mises en scène des morceaux de viande présentés comme des bijoux précieux, mais aussi sur leurs blessures communes.

La lecture de ce premier roman m’a laissée une impression mitigée.

J’ai aimé l’évocation de la belle ville de Rouen, de ses quartiers, de ses rues, de ses bars et de ses restaurants.

J’ai aimé l’humour très noir et réjouissant qui se dégage des scènes macabres boostées au calva, comme il se doit en Normandie…

De ces séances de découpe minutieuse, les complices vont conserver une collection d’attributs que seuls les hommes possèdent…

J’ai moins aimé les clichés, lesquels, à force d’être répétés, deviennent lourdingues – les hommes sont tous d’affreux machos obsédés sexuels, violeurs et infidèles ; les blondes sont forcément des garces vénéneuses ; le coiffeur est évidemment efféminé et langue de pute – et quelques invraisemblances.

Enfin, en matière de vengeance féminine et de sororité, on est bien loin de « Confessions d’un gang de filles » de l’immense Joyce Carol Oates, dont les protagonistes suscitent bien plus d’empathie que les trois Rouennaises.

On est plus proche de « Barbaque » de Fabrice Éboué.

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