Critique – La tristesse des anges – Jon Kalman Stefansson

Critique – La tristesse des anges – Jon Kalman Stefansson


Enchantée par la lecture d’« Entre ciel et terre » du même auteur, j’attendais avec impatience la sortie du deuxième tome de la trilogie et j’avoue ne pas avoir été déçue.

Jens, postier de son état, débarque dans une auberge. Cet homme, qui permet à ses congénères de garder un lien entre eux alors que l’hiver interminable les isole, est collé par le froid à sa monture. Il a en effet dû affronter « la tristesse des anges », métaphore utilisée pour définir la neige.

 

Dans ce lieu où règne enfin la chaleur, il rencontre « le gamin », l’un des principaux protagonistes du précédent roman. Chargé de servir des verres aux rares clients, « le gamin » a aussi pour mission de lire du Shakespeare à Kolbeinn, le vieux capitaine bougon. Et c’est une singularité pour un jeune homme de savoir lire dans une Islande plongée dans le 19ème siècle !

Une fois rétabli, Jens repart mener à bien sa tâche. « Le gamin », qui connaît si bien la mer, l’accompagne. Entre l’homme taciturne et le jeune bavard, le mariage semble improbable. Pourtant, unis dans l’affrontement des éléments, leur relation va se transformer en amitié. Tout en faisant le deuil de ceux qu’ils a perdus (« La distance entre Barour et la vie augmente impitoyablement avec chaque journée qui s’écoule, chaque nuit, car le temps est parfois cet infâme salaud qui ne nous donne toute chose qu’afin de mieux venir nous la reprendre ») et en s’éveillant à la sensualité, « le gamin » va partager avec le maussade postier son amour des mots.

Dans une langue magnifique, lyrique, poétique, imagée et ponctuée de réflexions sur le sens de la vie, Stefansson nous révèle la puissance de la littérature. Fans exclusifs des livres d’action aux multiples rebondissements, passez votre chemin.

 

Extraits :

  • « A quoi bon la poésie s’il n’est pas dans son pouvoir d’influer sur le destin ? Il existe des livres qui vous distraient mais ne remuent en rien les destinées profondes. Ensuite il y a ceux qui vous amènent à douter, ils vous apportent l’espoir, élargissent le monde et vous font peut-être connaître le vertige. Certains livres sont essentiels, d’autres simplement distrayants. »
  • « La lutte pour la vie fait mauvais ménage avec la rêverie, la poésie et la morue salée sont irréconciliables et nul ne saurait se nourrir de ses rêves. »« la seule résistance digne de ce nom » dit l’auteur à propos de la poésie

 

 

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