Critique – Hamnet – Maggie O’Farrell – Belfond

Critique – Hamnet – Maggie O’Farrell – Belfond


Si la littérature est une promesse de voyage dans le temps, « Hamnet » en est un bel exemple.

Nous sommes à la fin du XVIe siècle dans la ville de Stratford, petite cité du centre de l’Angleterre. Alors que sa jumelle tombe subitement malade, Hamnet, paniqué, part à la recherche de sa mère. Non loin de là, celle-ci cueille des plantes médicinales qui serviront à guérir toutes sortes d’affections et de maladies. Pourtant, elle sera impuissante face à la Mort Noire, la pestilence comme on l’appelait alors. Mais c’est Hamnet, et non sa sœur, qui succombera.

Une bonne dizaine d’années plus tôt, le fils du gantier épouse Agnes, enceinte de leur premier enfant. Suivront des jumeaux. Quelle incongruité que cette union entre un précepteur de latin et une femme un brin sorcière et douée de divination !

Le temps s’écoule et l’incompréhension, renforcée par la mort d’Hamnet, s’installe dans le couple. Le jeune marié, qui n’est autre que William Shakespeare, n’aspirait, malgré ses charges familiales, qu’à s’éloigner de son père, un homme violent et cruel, pour pratiquer son art. Il s’installa à Londres et prouvera, avec sa pièce de théâtre qui se déroule au Danemark, le pouvoir de la tragédie pour conserver la mémoire des disparus.

Par la grâce de l’écriture de Maggie O’Farrell, mélange de crudité et de lyrisme, de réalisme brut et de finesse psychologique, le lecteur est immergé au cœur de l’ère élizabéthaine, époque où la mort faisait partie du quotidien, où les superstitions l’emportaient sur la religion et la médecine balbutiante, où la communauté dominait sur l’individu.

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