Critique – Humus – Gaspard Koenig – L’Observatoire

Critique – Humus – Gaspard Koenig – L’Observatoire


Faire des vers de terres, petits esclaves qui œuvrent pour le bienfait de l’humanité, les héros d’un roman relevait de la gageure. Avec « Humus » le pari est largement réussi.

C’est au cours de leurs études à AgroParisTech, repaire de têtes chercheuses, que Kevin et Arthur se rencontrent et deviennent amis.

Le premier est issu d’une famille modeste installée dans le Limousin ; le second a évolué dans un milieu bourgeois parisien.

Alors qu’ils s’ennuient ferme dans l’antre voué au productivisme, ils découvrent la géodrilologie, science des vers de terre, qui leur révèle les pouvoirs insoupçonnés des lombrics.

Réintroduits dans les sols détruits par des décennies d’exploitation, ceux-ci leur redonneraient vie. Encore mieux, ils pourraient traiter une grande partie de nos déchets.

Émoustillés par cette trouvaille, les Bouvard et Pécuchet des temps modernes parfont leurs connaissances sur les petits bêtes et font le serment de leur consacrer leur vie.

Tout en conservant des liens, les compères vont prendre des chemins professionnels différents.

Pour Arthur, ce sera un retour à la terre au fin fond de la Normandie. Flanqué de sa compagne, il projette d’inoculer des vers dans le sol.

Kevin poursuit son projet de lancer une petite entreprise de vermicompostage pour particuliers.

Les deux idéalistes seront confrontés à de dures réalités.

Le néorural ne pourra que constater les dégâts qu’il juge irrémédiable de l’utilisation des pesticides peu au goût de ses pensionnaires tout en se frottant à l’absurdité de l’administration (on reconnaît là la touche libérale de l’auteur).

Quant à Kevin, il expérimentera le cynisme des greenwashers qui savent surfer sur l’écoanxiété pour s’enrichir.

Que reste-t-il quand tout fout le temps ? L’amitié et la fraternité nous répond Gaspard Koenig qui nous offre, avec « Humus » une satire réjouissante d’un monde au bord du gouffre.

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