Critique – Si tout n’a pas péri avec mon innocence – Emmanuelle Baymack-Tam

Critique – Si tout n’a pas péri avec mon innocence – Emmanuelle Baymack-Tam


A la fin des années 60, une femme met au monde un bébé pourvu d’une fente labio-alvéo-narinaire qu’on appelle plus prosaïquement un bec-de-lièvre.

Inutile de dire que la parturiente est un peu dégoûtée par l’aspect physique repoussant du nouveau-né qu’elle avait prévu de prénommer royalement Fabiola s’il s’agissait d’une fille ou Léopold d’un garçon en hommage aux origines wallonnes de son mari.

Pour se venger, elle l’appellera Gladys comme la sage-femme ! Quelques années plus tard, Gladys mettra au monde cinq enfants : Svetlana, Ludmilla, Kimberley, Lorenzo et Esteban. La troisième de la fratrie est la narratrice de ce roman façon « Familles, je vous hais ».

La « petite » tribu croquée par l’adolescente comprend :

  • la mère, une femme égocentrique et immature, qui, malgré l’opération de son défaut physique, a une « voix de cartoon, à la fois nasonnante et gouailleuse ». Indifférente à ses deux derniers, seules ses aînées trouvent grâce à ses yeux. Peut-être parce qu’elle sont aussi superficielles qu’elle. Quant à Kim, elle la taxe d’égoïste parce qu’elle refuse de se fondre dans cette famille décidément inconséquente.
  • Patrick, le père, dont la profession de tatoueur l’a amené à marquer ses enfants à leur insu.
  • le grand-père, Charlie, un vieux beau centrée sur sa petite personne
  • la grand-mère, Claudette, un brin bipolaire qui vit dans la nostalgie de son Algérie natale. Elle est la seule à s’occuper des deux petits derniers et à être appréciée par sa petite-fille.

Kimberley se cherche. Mal à l’aise dans sa peau de fille, elle aspire à devenir un garçon et éprouve une attirance pour le sexe féminin. Pour oublier cette famille toxique, elle se noie dans la lecture, avec une préférence pour Baudelaire, « le seul Charles qui vaille » en comparaison avec son aïeul, et Victor Hugo, et pratique toutes sortes d’expériences tout en tentant de protéger Lorenzo, « le plus gentil des agneaux » qui a eu le malheur de naître roux.

La première partie, celle d’avant le drame dont je ne dirai rien, m’a emballée par son humour cruel et désespéré. Avec férocité, Kim règle en effet ses comptes avec le monde des adultes (« Comment grandir sans grandir ? Comment devenir plus forte sans être gagnée à mon tour par la bêtise, la cruauté et l’inconséquence des adultes » pense-t-elle) mais aussi des enfants qui sont souvent « des petits loups pour l’homme ».

Dans la seconde partie, l’imagination débordante de l’auteur fait flop. Le recit part dans tous les sens, y compris dans la vulgarité.

D’Emmanuelle Bayamack-Tam, je recommande la lecture d’Arcadie (édité en 2018) beaucoup plus maîtrisé dans sa réflexion sur l’éducation et l’identité.

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