Critique – Brancusi contre États-Unis – Arnaud Nebbache – Dargaud

Critique – Brancusi contre États-Unis – Arnaud Nebbache – Dargaud


Obsédé par le vol des oiseaux, Brancusi a travaillé pendant des décennies à saisir l’essence du mouvement.

Fin 1926, son ami Marcel Duchamp organise une exposition à la « Brummer Gallery » de New York. Parmi les œuvres sélectionnées, « L’Oiseau dans l’espace » du sculpteur d’origine roumaine installé à Paris.

Arrivé sur le sol étasunien, il rend les douaniers dubitatifs. Ils décident in fine de le taxer, en le rangeant dans la catégorie « articles manufacturés en métal », à hauteur de 40%, seules les œuvres d’art originales étant exemptées de droits de douane.

Furieux, Brancusi décide de porter plainte.

Un procès surréaliste, raconté par le menu par l’auteur, va se dérouler qui pose deux questions fondamentales : qu’est-ce que l’art ? et à quoi reconnaît-on une œuvre d’art ?

Ces questions sont nées à la fin du 19e siècle avec le mouvement pictural de l’impressionnisme.

Lors des audiences où sont convoqués spécialistes et artistes, deux points de vue s’affrontent :

  • les académiques qui pensent que le caractère quasi abstrait ou, en tout cas, non figuratif de « L’Oiseau » l’empêche de le considérer comme une œuvre d’art. Le sculpteur Thomas H. Jones affirme même qu’il est une insulte à « la sculpture formelle » et qu’il ne suscite pas « le sentiment de beauté ».
  • ceux qui ont compris la portée de l’art moderne, à l’instar du propriétaire de la « pièce à conviction » Edward Steichen. À la question « vous trouvez donc réellement que ça ressemble à un oiseau » posée par le juge, celui-ci répond : « il donne le sentiment d’un oiseau […], ses formes évoquent l’esprit de l’oiseau, l’expression de l’oiseau ». Tout est dit ! Et fin 1928, le jugement rendu sera favorable à Brancusi.

Quel meilleur mode d’expression que le neuvième art pour raconter cette histoire qui nous semble si absurde aujourd’hui.

Le style d’Arnaud Nebbache, qui signe ici sa première bande dessinée, est très original dans son graphisme. Il exploite les outils numériques pour simuler la technique du pochoir qu’il utilise par ailleurs de façon artisanale dans ses travaux à destination de la jeunesse.

Quatre couleurs principales sont utilisées sous la forme d’aplats, le blanc structurant l’ensemble.

En dehors des cases consacrées au procès riches en dialogues, l’auteur a privilégié le dessin au détriment du texte pour s’intéresser aux formes et à l’espace comme un miroir du travail de l’immense artiste que fut Brancusi.

Une belle réussite.

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