Critique – La fête des fous – James Lee Burke – Rivages

Critique – La fête des fous – James Lee Burke – Rivages


Au pays du Grand Désert Américain (à la frontière du Texas et du Mexique), rien n’a changé ou presque. La loi a bien du mal à s’appliquer tant la violence, conséquence des trafics de drogue et des réseaux de prostitution, est consubstantive à la nature humaine dans ce pays où chaque citoyen est armé.

Pas facile donc pour le pudique shérif Hackberry Holland de faire régner l’ordre dans ce capharnaüm où chacun veut appliquer sa propre justice.

Le plus coriace des personnages qui habitent le récit est le prêcheur Jack Collins, un sociopathe furieux « qui se prend pour la main gauche du Seigneur », obsession de Hack dans « Dieux de la pluie » qui le « suspectait » d’avoir assassiné neuf femmes asiatiques.

Et il n’est pas le seul à participer à cette fête des fous, référence au Moyen Age, où le temps d’une journée, tous les toqués de la paroisse étaient libérés et pouvaient soulager leurs plus bas instincts. On ne peut pas citer tous les cinglés qui pratiquent la chasse à l’homme comme un sport tant ils sont (trop ?) nombreux. S’ils incarnent le mal absolu, James Lee Burke s’emploie à leur donner une épaisseur psychologique et, parfois, des excuses. Ah les blessures de l’enfance !

Au cœur de cette course enragée, Noé Barnum, une espèce de lanceur d’alerte dangereux pour la sécurité américaine.

Quant à Hack, flanqué de Pam Tibbs, toujours amoureuse de son patron, il est le redresseur de torts qui tente d’apporter un peu de rationalité dans ce monde qui évoque un tableau de Jérôme Bosch. Mais lui aussi est poursuivi par son passé d’ancien alcoolique, d’amateur de prostituées et de soldat engagé en Corée. Il y a aussi Anton Ling, alias la Magdalena ou encore la China, qui va l’aider dans son immense tâche de châtier les méchants et de faire régner un peu d’harmonie. Mais elle aussi à des choses à se reprocher. Car le thème de ce roman, c’est bien la rédemption.

Si l’écriture, la manière de fouiller les états d’âme des protagonistes, les descriptions lyriques de la nature m’ont comme d’habitude séduite, j’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs. Et puis j’avoue avoir une petite préférence pour Dave Robicheaux.

EXTRAIT

Quelque chose de bien pire semblait s’être insinuée dans la vie des habitants de cette petite ville proche de la frontière, comme une malveillance spirituelle irradiant le pays de sa substance empoisonnée, et remodelant les gens à son image.

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