Critique – L’Été où tout a fondu – Tiffany McDaniel – Gallmeister

Critique – L’Été où tout a fondu – Tiffany McDaniel – Gallmeister


Premier roman de Tiffany McDaniel, le magnifique « Betty » (2020) étant le second, « L’Été où tout a fondu » raconte, plus de soixante-dix ans après, les faits qui se sont déroulés en 1984.

Le narrateur n’est autre que Fielding Bliss, un homme au bout du rouleau toujours hanté par son enfance. Âgé de 13 ans à l’époque, il vit heureux au sein d’une famille aimante composée de ses parents et de son frère aîné Grand qu’il vénère.

Tout bascule lorsque son père invite le Diable à venir le visiter à Breathed dans l’Ohio où il réside. Cette idée saugrenue vient certainement de sa mère, « une femme des plus étranges dans sa religiosité », qui l’a affublé du prénom d’Autopsy venant « du mot autopsia qui signifie, en grec ancien, voir par soi-même ».

Au lieu d’un être doté de cornes et de sabots fendus, c’est un garçon noir aux immenses yeux verts qui se présente. Il s’appelle Sal. Il a le même âge que Fielding. Ils deviendront les meilleurs amis du monde.

Juste après son arrivée, une chaleur accablante s’abat sur la ville. Suivent des tragédies dont les habitants, conduits par un raciste de la pire espèce, vont rendre Sal responsable.

Dans leurs esprits étriqués et bigots, si Dieu existe, le Diable aussi.

La peur se mue en une haine contagieuse et une folie vengeresse qui s’abattent sur le plus raisonnable de tous, celui qui a puisé dans le refus de la violence une forme de sagesse, celui qui parle comme un adulte qui a déjà tout vécu, celui qui s’exprime par métaphores et allégories, celui qui a trouvé chez les Bliss un cocon protecteur.

Quelle famille que celle des Bliss ! Un modèle de tolérance dans cette petite ville moyenne où la crainte de l’étranger fait perdre tout sens commun. Le père, procureur de son état, croit en la justice alors que la douce mère, l’un des personnages les plus intéressants, refuse de sortir de sa maison par peur de la pluie. Pour voyager par la pensée, elle a donné à chaque pièce un nom de pays. Quand aux deux enfants, ils grandissent harmonieusement dans un climat de respect et d’affection.

Préfigurant les thèmes de « Betty » tels que l’intolérance et le racisme, le récit de Tiffany McDaniel a la grâce. Porté par l’art de conteuse de l’autrice et une écriture lyrique, puissante et visuelle, « L’Été où tout a fondu » est un roman fulgurant et inoubliable.

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