Critique – Small town sins – Ken Jaworowski – Seuil

Critique – Small town sins – Ken Jaworowski – Seuil


Locksburg, Pennsylvannie, est une petite ville, frappée par la crise des exploitations minières, comme il en existe tant aux États-Unis.

Les habitants se connaissent tous plus ou moins et semblent assignés à résidence avec aucune perspective d’un ailleurs.

Trois personnages – une femme, deux hommes – incarnent, chacun à leur manière, une facette de la vie dans une bourgade de l’Amérique profonde.

Tous s’expriment à la première personne du singulier pour toucher le lecteur au plus près de leurs fêlures, de leurs espoirs et de leurs embrouilles.

Nathan inaugure le récit. « L’essentiel de ma vie s’est joué un soir d’été, l’année de mes dix-sept ans » confie-t-il. À cet âge, il ne pense qu’à quitter le trou paumé où il a grandi.

Une mauvaise rencontre va l’empêcher de réaliser son désir.

Malgré tout, il parvient à se ressaisir et épouse Paula. Même s’ils ne peuvent pas avoir d’enfants, leur couple est solide. Jusqu’au jour où ce pompier volontaire découvre une importante somme d’argent lors d’un incendie…

Callie est infirmière dans l’hôpital local où elle côtoie la misère du monde. Elle est atteinte depuis sa naissance d’une malformation crâno-faciale qui la défigure et a béni la pandémie de Covid qui lui permettait de garder un masque en permanence.

Solitaire par peur des autres, elle manie les sarcasmes avec délectation. Comme pour mettre à distance ses semblables.

Sa rencontre avec Gabriella, une adolescente atteinte d’un cancer, incurable, va l’adoucir et exprimer sa part d’humanité.

Andy et Kate, deux toxicomanes, vont arrêter l’héroïne le jour où ils apprennent qu’ils attendent un enfant qui sera malheureusement atteint du syndrome de Down, une anomalie chromosomique potentiellement fatale.

Le jour de la mort de sa fille, Kate se suicide. Le père est au bord du gouffre.

Là encore, la fatalité va le faire rebondir. Tombant sur des photos pédopornographiques, il sera mû par une obsession : punir le salaud qui a commis ces actes ignobles et venger toutes les jeunes victimes.

« Small town sins » s’interroge sur les conséquences des hasards et des choix sur les existences.

Ces répercussions peuvent être des fardeaux plus ou moins lourds à porter, plus ou moins difficiles à se débarrasser, mais ils sont notre lot à tous comme s’ils étaient inhérents à notre condition humaine.

Les trois personnages développés par l’auteur (j’ai une préférence pour Callie, un peu de compassion pour Andy, mais je n’ai pas aimé Nathan, cet homme pitoyable incapable de contenir sa libido) sont les symboles de ces batailles que nous menons tous, de ces erreurs et petites lâchetés que nous commettons tous, de la rédemption que nous cherchons tous plus ou moins.

Ils illustrent aussi l’état de la société américaine : la pauvreté, la drogue, l’alcoolisme, la désindustrialisation, le culte de l’argent, un système de santé qui exclut une bonne partie de la population, y compris les classes moyennes, la violence, l’extrémisme religieux qui souille le message originelle du Christ…

Ce premier roman plutôt réussi et assez juste (je pense notamment aux dialogues) du journaliste du « New York Times » révèle une nouvelle voix de la littérature noire nord-américaine, dont la puissance n’égale cependant pas encore les écrits de Ron Rash, David Joy, Benjamin Whitmer, Tiffany McDaniel, Gabriel Tallent, James McBride, Michael Farris Smith, Peter Farris, Iain Levison, Donald Ray Pollock, Tom Cooper, James Lee Burke ou encore Pete Dexter.

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil pour cette lecture.

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