Critique – Le Sang de la bête – Frédéric Paulin – La Manufacture de livres

Critique – Le Sang de la bête – Frédéric Paulin – La Manufacture de livres


Frédéric Paulin, qui s’est fait connaître par ses trilogies « Benlazar » sur la naissance du djihadisme et sa diffusion, notamment en France, et libanaise consacrée à la guerre civile couvrant la période 1975-1990.

Avec « Le Sang des bêtes », l’auteur s’inscrit dans le registre du roman noir engagé en prenant pour toile de fond l’abattage industriel.

Le capitaine Pierre Luchaire, quatre-vingts kilos de bidoche, est retrouvé égorgé dans un abattoir. Sur son corps a été collé un post-it sur lequel on peut lire : « peuvent-ils souffrir ? », question écrite par Jérémy Bentham (1748-1832), un philosophe anglais qui affirmait que les animaux étaient des êtres sensibles.

Le commandant Étienne Barzac de l’IGPN est sur les lieux. Les flics de la PJ voit d’un mauvais œil la présence d’un représentant des « bœuf-carottes » motivée par une enquête visant le mort au dossier bien épais et à la carrière étonnante.

Après avoir passé quinze ans au 36, quai des Orfèvres, Luchaire avait demandé à être muté à la Direction départementale Interministérielle de la Protection de Paris, familièrement appelée « la véto ». Nous saurons pourquoi dans la seconde partie intitulée « Ce qu’il s’est passé ».

Intéressons-nous à Barzac, la cinquantaine bien frappée, qui pourrait devenir un personnage récurrent tant il présente les caractéristiques du flic de fiction idéal : alcoolique, cynique, entêté, embonpoint assumé, attrait pour la solitude, goût pour la musique classique, avec une préférence pour Beethoven, et pour la lecture des ouvrages de Michel Foucault, obsession pour un collègue ripou…

Cerise sur le gâteau : ses homologues le détestent, mais lui s’en fiche.

Il a néanmoins un cœur : il se préoccupe d’un pigeon aux pattes atrophiées et s’inquiète pour le lieutenant Salima Bellouni qu’il soupçonne d’être victime de la violence de son mari, musulman radicalisé. Elle ne sera pas la seule femme à être victime des hommes.

Concernant l’affaire Luchaire, Barzac a une intuition : il pense que, derrière l’assassinat du flic, se cachent les activistes antispécistes du mouvement « La Mort est dans le pré », dont le modus operandi est de se faire employer par des abattoirs pour témoigner de ce qui s’y passe et mener des actions de sabotage.

On y découvre des méthodes barbares que les auteurs semblent trouver normales, la peur de perdre son emploi dans une région sinistrée et la routine leur ayant fait perdre toute once de compassion.

On saura dans la seconde partie si le pressentiment du commandant se vérifie.

L’intrigue policière, plutôt mince, est un prétexte à dénoncer les meurtres de masse qui se produisent dans les abattoirs détenus par des industriels qui poussent à la consommation de viande en France, mais aussi à l’international en visant des pays peu carnivores tels que la Chine.

« Le Sang de la bête » met ainsi en miroir la maltraitance des animaux et celle faite aux femmes pour exprimer la violence systémique qui s’exerce sur les plus faibles.

En revanche, la construction qui malmène la chronologie jusqu’à rendre le récit un peu confus me laisse un sentiment mitigé quant à cette lecture.

Je trouve que la plume de Frédéric Paulin s’affirme avec plus de talent dans le registre du roman historico-politique.

Je remercie Babelio et La Manufacture de livres pour ce polar noir qui pointe du doigt notre responsabilité dans l’inhumanité du traitement des animaux destinés à être mangés.

Se nourrir relève en effet d’une démarche politique et éthique et nous devons en être conscients.

Comme le disait Paul McCartney,  « si les abattoirs avaient des murs en verre, tout le monde serait végétarien. ». À méditer…

Il aurait été cependant plus correct que la maison d’édition annonce plus clairement que par une phrase écrite en tout petit à la page 6 que le roman avait déjà été publié en 2017 sous le titre « La Peste soit des mangeurs de viande ».

EXTRAIT

– Par amour, on accepte tout, on va jusqu’à se faire tuer dans un abattoir.

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