Critique – Les Belles promesses – Pierre Lemaitre – Calmann-Lévy
Dernier volume de la tétralogie consacrée aux « Années glorieuses », « Les Belles promesses » couvre la période 1963-1964 et c’est avec une certaine excitation qu’on retrouve la famille Pelletier.
C’est autour du tandem François et Jean, les deux frères, que se structure le récit.
Le premier a une intime conviction : la culpabilité du second dans l’assassinat de plusieurs jeunes femmes sur lesquelles le tueur s’est acharné en leur fracassant la tête.
Est-ce pour se racheter de ses péchés que Jean, avec un courage frisant l’inconscience, sauve un bébé d’un incendie meurtrier ?
Peut-être, mais c’est surtout l’abjecte Geneviève qui va profiter de l’acte héroïque de son mari pour attirer l’attention sur elle et se faire mousser.
Pendant ce temps, Philippe, le fils de Jean et de Geneviève qui subit les premiers assauts de la puberté, est fascinée par les attraits féminins de la tante Thérèse.
Quant à Colette, la sœur du préadolescent, toujours meurtrie par le viol qu’elle a subi, elle continue de se rebeller contre l’autorité maternelle et protège son vieux chat de la cruauté de Geneviève.
Mais Joseph a encore des ressources et de la ruse pour contrer l’odieuse marâtre.
Voilà pour le récit familial qui ne brille pas par sa finesse psychologique. Son intérêt réside dans l’arrière-plan historique qui le sous-tend.
A l’aube des années 1960, la foi dans le progrès anime les Français. Pour le meilleur et pour le pire…
Depuis les travaux du baron Haussmann sous le Second Empire, jamais Paris n’avait connu de telles transformations.
La construction du périphérique se poursuit. Il constituera une barrière parfois infranchissable entre la capitale et la banlieue et inaugurera le règne du « tout-bagnole ». Le corollaire de la création de cette ceinture fut, entre autres, l’expulsion de familles.
À cette époque, on a déjà réfléchi à l’édification de ce qui sera une verrue dans l’harmonie haussmannienne : la tour Montparnasse et ses deux cent dix mètres de hauteur.
Dans les campagnes, la modernité s’impose, parfois contre les premiers concernés.
En 1962 une loi d’orientation encourage la formation d’exploitations agricoles plus rationnelles et plus vastes. La mécanisation avance à marche forcée avec pour conséquence un endettement croissant des cultivateurs et éleveurs.
Quant aux coopératives agricoles, elles pressent les paysans comme des citrons.
Voilà pour les coulisses de l’histoire.
Et c’est l’entremêlement des éléments propres à la saga familiale et des événements et évolutions marquants de la période sur laquelle l’auteur braque son roman qui fait le sel de cette lecture.
Parce que Pierre Lemaitre a un talent de conteur hors pair, il faut bien l’admettre.
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