Critique – Sans Eden – Maïa Thiriet – Emmanuelle Collas

Critique – Sans Eden – Maïa Thiriet – Emmanuelle Collas


Lorsque Eden, son ex-femme, demande à Gabriel d’emmener Tom, leur fils, se confiner à la campagne dans une maison qu’elle a louée, avec la promesse de les rejoindre, le paterfamilias ronchonne mais finit par céder à celle dont il est toujours amoureux.

L’arrivée dans la bicoque est rocambolesque pour l’indécrottable citadin qui n’entend rien aux subtilités de la ruralité.

Un exemple parmi d’autres : le propriétaire lui ayant indiqué que les clés étaient sous les azalées, mais n’ayant aucune idée de la physionomie de cette plante de la même famille que les rhododendrons, il fait ce que ferait n’importe quel ignorant en matière de végétal, aller chercher sur internet, dont l’accès est aléatoire dans ce territoire un peu paumé, à quoi ressemblent « les za-za-lés » comme le chante le gamin.

Ce qui apparaît, au premier abord, comme une virée entre un père et son enfant va rapidement tourner au cauchemar.

Suivi par un médecin spécialisé, Gabriel, « pas complètement stable, psychiatriquement parlant », n’est pas très sûr, malgré la certitude d’Eden, infirmière restée à Paris pour soigner les malades du Covid, d’être capable de s’occuper de Tom.

La première nuit, hantée par une multitude de mille-pattes, est une épreuve pour ce phobique.

Quant aux autochtones, on ne peut pas dire que leur accueil soit très chaleureux.

Alors, Gabriel, du genre maniaque, va se lancer dans un marathon de tâches ménagères, délaissant son fils qui profite de la défaillance patriarcale pour visionner des documentaires animaliers et expérimenter les connaissances acquises dans la nature.

Les opérations propreté terminées, Gabriel se pose pour fumer un joint, une pratique peu recommandée, compte tenu des affections dont il souffre, mais qui l’aide à dormir, lui qui souffre de terreurs nocturnes.

Contre toute attente, et c’est une exception dans sa vie chaotique, il se sent bien. D’autant plus que les voisins commencent à se manifester.

João, un cordial, mais néanmoins insistant, Brésilien, les invite pour l’apéro. Entre l’hôte et le père, c’est un coup de foudre amical note l’enfant.

Il y a aussi l’inquiétant Marc-Antoine, flanqué de sa chienne Blanche, un puits de science un brin mytho qui fascine le gamin par son savoir sur les animaux.

Mais la sérénité ne va pas durer.

Gabriel constate que des objets sont déplacés.

Pis, des fantômes bruyants se manifestent.

Le papa perd pied et transmet ses névroses à son fils, alors que sa mère lui manque de plus en plus, à mesure que son père, qui s’enfonce dans la paranoïa et dans ses obsessions, lui fait peur, une peur encore plus inquiétante que lui aussi entend les voix des spectres…

L’inquiétude monde au fur et à mesure de la non-arrivée d’Eden et du silence de son téléphone. Idem pour Elliott, le nouveau compagnon de la mère.

« Sans Eden » est sans conteste un roman de genre, mais lequel ? Fantastique, thriller, drame psychologique dans la lignée de « Sukwan Island de David Vann, remake d’« En attendant Bojangles » ?

De ce premier roman, je retiens l’influence du conte initiatique dans lequel les protagonistes doivent surmonter des épreuves pour apercevoir enfin la lumière.

La référence à un conte chinois mettant en scène un daim et un tigre nous rappelle l’importance de savoir inventer des histoires. Un bel hommage à la littérature et au pouvoir des mots.

Si la construction du roman est efficace, révélant la patte de la scénariste qu’est Maïa Thiriet, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire et j’ai fait plusieurs sorties de route en raison de longueurs et de redondances. Les crises de panique de Gabriel deviennent, à la longue, un peu fastidieuses.

Et puis, il y aussi des énigmes non résolues. Un exemple : pourquoi Marie-Do, la propriétaire de la maison, se fait-elle passer pour son mari suicidé ? Pas de réponse, d’où un petit sentiment de frustration.

Reste une voix prometteuse…

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