Critique – La Petite bonne – Bérénice Pichat – Les Avrils

Critique – La Petite bonne – Bérénice Pichat – Les Avrils


Fin des années 1930, le souvenir de la Grande Guerre est encore vif et le second conflit mondial ne va pas tarder à être déclenché.

La petite bonne, à laquelle l’autrice ne donne pas d’identité pour mieux l’assigner à la condition des inférieurs, de ceux qu’on ne voit pas, de ceux qui ne compte pas, fait le ménage chez des bourgeois.

Parmi eux, le couple formé par les Daniel.

Monsieur est revenu mutilé de la bataille de la Somme. Gueule cassée amputée des mains et des jambe, ce pianiste qui ne peut plus pratiquer son art n’aspire qu’à une chose : mourir.

Madame se dévoue corps et âme à son époux infirme.

L’occasion se présente à elle de partir quelques jours séjourner en Normandie.

Blaise, ne supportant plus le regard de pitié d’Alexandrine, la pousse à partir, voyant surtout dans cette absence l’opportunité de mettre fin à ses jours avec l’aide de la petite bonne. Même s’il la juge sotte et qu’il aime la tester avec cruauté. Tout au moins au début…

Car la petite bonne est tout sauf stupide.

Instinctive, elle comprend le supplice qu’endure son maître.

Car elle aussi sait ce qu’est la douleur.

Avec fermeté, elle refuse d’infantiliser Monsieur Daniel comme le fait l’épouse, tente peu à peu de l’apprivoiser et de lui rendre sa dignité d’être humain.

Récit singulier alternant des vers libres sans ponctuation nous plongeant dans les pensées de la domestique soulignant la nature répétitive des tâches effectuées et évoquant presque le tempo des comptines enfantines et une prose classique décrivant les états d’âme de Blaise et d’Alexandrine, « La Petite bonne » est un roman singulier tant par son style que par son atmosphère de huis clos étouffant et à l’issue incertaine.

Une belle découverte sur la rencontre de deux angoisses, deux souffrances, l’une violemment visible, l’autre imperceptible, auréolée, entre autres, du Prix des Libraires 2025.

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