Critique – L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset – Gallimard

Critique – L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset – Gallimard


Dans le prologue de « L’autre qu’on adorait », Thomas est mort. Il avait 39 ans. Son amie revient sur son parcours non pas nécessairement pour comprendre ce qui l’a conduit au suicide mais pour exprimer, en la reconstruisant, la densité d’une vie.

Catherine Cusset est la sœur de Nicolas, le meilleur ami de Thomas. Elle a six ans de plus que lui. De leur brève passion physique subsistera une « amitié héroïque ». Nous sommes au mitan des années 80. Spécialiste du classicisme chez Proust, Thomas part pour les États-Unis où réside aussi la narratrice. Les échecs se multiplient. L’université, « ce tout petit monde sans pouvoir assoiffé de pouvoir », n’est pas adaptée à ce garçon cultivé, intelligent, tellement brillant qu’il fait peur. Il accumule les conquêtes féminines, y compris parmi ses étudiantes ce qui est mal vu par ses pairs.

Ses revers successifs l’enfonceront davantage dans la déprime qui évolue vers la dépression. Détecté bipolaire, il alterne périodes d’euphorie et d’abattement. Incapable de se poser, exilé de lui-même, il s’enfonce davantage malgré le soutien de ses amis et de sa famille qui peinent à le comprendre.

« L’autre qu’on adorait », construit de phrases courtes pour mieux suggérer le rythme d’une vie menée à 100 à l’heure et qui finit dans un mur, est un tombeau littéraire, un récit intime qui dénoue les fils d’une existence promise à une fin prématurée. Bouleversant.

EXTRAIT

C’est cela que j’ai pensé à l’instant où mon frère m’a appris ta mort : qu’il y aurait moins de rire sur la terre.

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