Critique – Ce qui reste – Bernhard Schlink – Gallimard

Critique – Ce qui reste – Bernhard Schlink – Gallimard


Il y a trois ans sortait « La petite-fille », histoire de la rencontre entre un grand-père et sa petite-fille (plus précisément celle de son épouse décédée) sur fond de montée de l’extrême droite et de nostalgie du nazisme dans les territoires de l’ex-Allemagne de l’Est.

Dans son dernier roman, l’écrivain octogénaire met de nouveau en scène un vieil homme pour un récit plus intime.

Martin, soixante-seize ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer du pancréas et qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre.

Refusant tout acharnement thérapeutique, il n’exige de son médecin que le soulagement de ses douleurs.

À cette nouvelle, le déni l’emporte sur l’acceptation, puis les réactions et les questions fusent.

Que faire quand le temps est compté ? Qu’est-ce qu’une vie qui va bientôt s’achever ?

Si pour Martin, non-croyant, la mort signifie le néant, il se félicite presque, tout en déplorant de ne pouvoir vivre le futur, d’être épargné par la fin d’un monde qui lui était familier.

La disparition des forêts, les mers et les océans qui s’élèvent inexorablement, les guerres qui font leur grand retour, la propagation des régimes autoritaires… De tout cela, il sera préservé.

Puis, vient le moment d’annoncer sa maladie à Ulla, sa compagne et sa cadette de plus de trente ans dont il pense parfois qu’elle l’a épousé parce qu’elle était orpheline de père.

En revanche, il la taira à David, son jeune fils de six ans qui, s’apercevant du changement d’état de son géniteur, déclarera qu’il était « malade de fatigue ».

Que laissera-t-il à son unique enfant. Se souviendra-t-il, une fois devenu adulte, de cet homme âgé qui fut son père ?

Martin lui écrit alors une longue lettre et vit alors intensément chaque moment passé avec lui. Ensemble, ils nourrissent le compost de déchets du jardin, ils randonnent dans la montagne, ils vont voir la mer…

Avec Ulla, il rattrape le temps perdu passé à être parents. Ils vont au cinéma, montent dans une grande roue, se promènent en bateau sur un lac, dansent…

Paradoxalement, il devient plus généreux, moins égocentrique.

Seul, il s’attarde sur les beautés de la nature

Des moments simples, pas de grands projets de voyage au tour du monde, car Bernhard Schlink se plaît à écrire le quotidien comme cadre du drame, la fin se rapprochant inexorablement.

La souffrance grandit, l’agonie entame son chemin.

Avec une économie de moyens, une grande pudeur, et parfois quelques longueurs, l’auteur du « Liseur » décrit le parcours d’un homme saisi par un destin qui nous concerne tous : la mort.

Il embrasse ce destin commun en analysant toutes ses conséquences : pour celui qui le subit, attendant l’échéance fatale, et pour son entourage, la mort n’ayant pas la même signification pour chacun, celui qui va disparaître étant toujours seul avec sa maladie et la perspective d’une mort si proche.

Son message est universel et vertigineux.

EXTRAITS

  • Le néant n’est rien – que pourrait-il y avoir là d’effrayant ?
  • La mort était pire que tout autre chose, parce que tout autre chose pouvait être vécue, mais pas la mort.
  • Si seulement il pouvait vivre sa mort, et pas seulement en mourir !
  • Non, on ne pouvait pas tirer le bilan d’une vie. On faisait une chose, et une autre, et à la fin ça donnait une vie. Rien de plus.

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