Critique – À deux pas du paradis – James Frey – Flammarion

Critique – À deux pas du paradis – James Frey – Flammarion


Le « bad boy » de la littérature américaine, surnom dont l’a affublé le « New York Times », est de retour avec un roman vénéneux plongeant dans le milieu des ultra-riches.

On y fait la connaissance de trois couples qui ont pris leurs quartiers à New Bethlehem dans le Connecticut, un havre de beauté et d’opulence qui leur ressemble.

Dans cette ville de privilégiés, on trouve les maisons les plus majestueuses, les meilleures écoles, les meilleurs clubs de sport, les meilleurs restaurants…

Si Belle et Teddy ou encore Grace et Alex se sont aimés, l’union de Devon et de Billy relevait de l’intérêt bien compris.

Devon est belle, d’un beauté presque irréelle tellement elle frôle la perfection. Billy, fils de plombier extrêmement intelligent, veut prendre sa revanche sur un père alcoolique et méprisant en s’enrichissant de manière indécente.

Il est tellement tordu qu’il a deux téléphones portables, l’un qu’il surnomme »Paix » pour les appels ordinaires, l’autre « Guerre » pour ceux qu’il désire cacher afin de mener ses malversations en toute tranquillité

Autant le dire d’emblée, c’est le personnage le plus détestable d’« À deux pas du paradis ». Quoiqu’Alex, le séducteur obsédé par ses abdos et ses conquêtes, n’est pas mal non plus. Il est marié à Grace, un un petit être fragile, un brin nunuche et aveugle aux infidélités de son bellâtre de mari.

Il y a aussi Belle et Teddy qui, contrairement au précédent, souffre de pannes sexuelles.

Un autre duo, formé par Charlie et Katy ne figure pas parmi la catégorie des milliardaires, mais ils ont la possibilité de les fréquenter, le premier étant coach en hockey et la seconde professeur de maths et entraîneur de l’équipe de lacrosse.

Dans un tel décor, tout devrait être parfait. Or, comme chacun le sait, la perfection n’est pas de ce monde. Derrière la façade idéale « se cachent secrets et mensonges, tristesse et colère, échec et désespoir, trahison et peines d’amour, haine et violence. »

Le roman ouvre quelques années après les mariages des principaux protagonistes sur la phrase suivante : « Devon rêvait souvent de frapper son mari en plein visage. »

Ces quelques mots donnent le ton des relations conjugales qui peuvent prévaloir, la quarantaine venue, lorsque la passion s’est éteinte.

Belle et Devon, déçues par leurs alliances respectives, en ont assez de donner le change en affichant l’image d’épouses et de mères accomplies.

Elles s’ennuient et trouvent une idée géniale pour pimenter leur morne quotidien que, soit dit en passant, beaucoup leur envieraient : organiser une soirée échangiste.

Le meurtre, annoncé sur la quatrième de couverture, n’aura lieu qu’aux trois quarts du récit à l’issue de ces bacchanales finalement assez sages. Mais tout est relatif…

Lecture d’été s’il en est, « À deux pas du paradis », titre ironique s’il en est, se situe entre Harlequin et Bret Easton Ellis, c’est dire si ce roman fait un grand écart entre la description du monde des ultra-riches qui, si on l’appréhende au premier degré, paraît merveilleux et celle de l’envers du décor.

Tout ce petit monde si policé carbure à toutes sortes de drogue et d’alcool. Les hommes sont tous plus ou moins détestables. Les femmes s’en sortent un peu mieux, victimes qu’elles sont du système patriarcal et de leurs maris, dont l’un est une belle figure de bourreau domestique. Mais les donzelles ont de la ressource et la sororité est une arme de vengeance…

En bref, c’est une sorte de comédie humaine version « Dallas » que nous propose James Frey.

Grâce à une narration rythmée et des personnages très incarnés qui laissent envisager une adaptation en série, ce roman, qui recèle un certain suspense, se lit avec un certain plaisir malgré des répétitions et des tics de langage agaçants.

Amoralement moral ou moralement amoral, il aurait mérité d’aller plus loin dans le trash et la subversion. Tout cela est finalement assez modéré.

Fustigeant le règne de l’hyper-individualisme, il dénonce les travers propres à un milieu artificiel et hypocrite qui veut sauver à tout prix les apparences.

Comme si ses représentants avaient un honneur à sauver, alors qu’ils sont tout sauf respectables, leur fortune ayant été bâtie en ignorant les principes chrétiens qu’ils invoquent.

Avec « À deux pas du paradis », le rêve américain est sévèrement écorné.

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