Critique – Œuvres vives – Linda Lê

Critique – Œuvres vives – Linda Lê


C’est alors qu’il est de passage au Havre que le narrateur, qui vient de découvrir l’œuvre géniale mais confidentielle d’Antoine Sorel, apprend sa mort subite par défenestration. Tout au long des quelque 330 pages que compte ce roman, le jeune journaliste va s’accrocher à cet écrivain disparu jusqu’à tenter d’écrire sa biographie, sorte de tombeau littéraire.

Pour mieux s’imprégner de la personnalité de l’auteur, il arpente les lieux qu’il a fréquentés et rencontre ceux qu’il a connus. Son père, un type bas du plafond qui rejette sa moitié vietnamienne ; son frère Jean ; ses amis d’enfance ; les femmes qu’il a aimées ; son éditrice…

Il ressort de ces conversations une impression d’ambiguïté. Espèce de clochard céleste, Antoine aurait tout de l’être asocial et égoïste. Pourtant, il est capable d’aimer.

Pourquoi s’est-t-il lancé dans l’écriture ? Pourquoi s’est-t-il suicidé, geste ultime du poète maudit qu’il est ? Linda Lê ne nous apporte pas de réponse. On peut tenter d’en esquisser quelques-unes : la volonté de s’affranchir d’un père exécré et d’un monde qu’il déteste, le désir de renouer avec ses racines…

Moi qui suis Havraise d’origine, j’ai adoré flâner dans les rues venteuses à la recherche du fantôme qu’est devenu Antoine, un spectre qui continue à vivre à travers ses romans.

Et, à côté d’Antoine, cet incompris, il y a le narrateur, si touchant dans sa volonté de commencer à construire une œuvre. Ce roman nous en dit beaucoup sur les affres de la création littéraire.

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