
Critique – La Guerre par d’autres moyens – Karine Tuil – Gallimard
Depuis « L’Insouciance », je m’étais promis de ne plus lire de romans de Karine Tuil si elle persévérait dans son analyse un brin caricaturale de notre époque.
Face aux critiques dithyrambiques de son dernier opus, je me suis laissée faire mais on ne m’y reprendra plus.
Dan Lehman n’est plus président de la République depuis un an après son échec à l’élection pour briguer un second mandat et il est au bout du rouleau. Le sexagénaire n’est plus que l’ombre de celui qu’il fut : un homme flamboyant et charismatique.
Rien ne va plus avec sa seconde épouse Hilda Müller, une Allemande de vingt-cinq ans sa cadette et une actrice de moins en moins désirée par les réalisateurs. Le couple n’a en commun qu’une adorable enfant de trois ans que la surdité rend encore plus attachante.
Pour oublier qu’il n’a plus le pouvoir, Dan sombre dans l’alcool. Il a aussi écrit un livre sur la vie intime de Karl Marx mais le succès n’est pas au rendez-vous, contrairement à celui de Marianne, son ex-femme à laquelle il est toujours très lié.
« À la recherche du désastre » va en effet être adapté au cinéma avec Hilda dans le rôle principal, rôle qui devrait relancer sa carrière, surtout si le film est sélectionné à Cannes.
C’est à la truelle que Karine Tuil décrit les univers de la politique et du septième art. La plupart des personnages sont caricaturaux.
Il y a bien sûr Dan, le « vieux beau » qui a perdu tous les attributs de son ancienne fonction. Dan, le socialiste bon teint accusé d’avoir trahi les idéaux de la gauche et les plus modestes en pratiquent une politique de droite favorable au marché et aux entreprises. Derrière ces critiques sourd une pointe d’antisémitisme, car Dan est juif.
Il y a aussi Hilda, la comédienne sur le retour qui ne supporte pas le passage du temps fatal pour le métier qu’elle exerce.
Nous avons aussi Romain Nizan, le réalisateur pervers narcissique qui maltraite techniciens et acteurs sur les tournages et profite de son statut d’intellectuel avant-gardiste pour multiplier les conquêtes féminines qu’il jette dès que son appétit est satisfait.
N’oublions pas Léonie, la fille de Dan et de Marianne, symbole du wokisme en marche dans les paroles mais midinette dans l’âme.
N’en jetez plus !
La caricature n’est supportable que si elle provoque un effet comique. Or, Karine Tuil n’a manifestement pas le sens de l’humour…
La conséquence est que la lecture devient vite indigeste.
Le roman est un fourre-tout dans lequel l’autrice a voulu entasser tous les travers de notre époque à coups de poncifs et d’affirmations définitives qui n’autorisent pas de contestation.
Un exemple parmi tant d’autres : « seul le sexe offrait une alternative crédible au suicide ».
Bref, « La Guerre par d’autres moyens » ne parvient pas à saisir la complexité du monde avec la subtilité qui s’impose.
Deux composantes sauvent un peu le livre : le personnage de Marianne, l’épouse trahie et la seule qui s’exprime directement, au comportement ambigu et la description vertigineuse de l’alcoolisme qui envahit le psychisme de celui qui en souffre à tel point que plus rien ne compte que la perspective d’un verre.
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