Critique – Une femme fuyant l’annonce – David Grossman – Seuil

Critique – Une femme fuyant l’annonce – David Grossman – Seuil


Commencée en 2004 et terminée en 2007, l’écriture du septième roman de David Grossman a été marquée par la mort au Sud-Liban en 2006 de son fils Uri.

Ce décès bien réel résonne comme un écho à l’histoire d’Ora.

Le récit commence par un prologue théâtral qui se déroule dans un hôpital israélien. Trois adolescents, malades et contagieux, y sont confinés pendant la guerre des Six-Jours de 1967.

Une fille, deux garçons. La fille s’appelle Ora, les deux garçons sont Ilan et Avram. Entre eux, va naître une relation amico-amoureuse.

Plus de trente ans plus tard, le mariage entre Ilan et Ora a volé en éclats. Adam, l’aîné du couple, boude sa mère et a suivi son père pour un road trip en Amérique latine.

Quant à Avram, il n’en finit pas d’être hanté par son enfermement dans une geôle égyptienne et les tortures qu’il a subies lors de la guerre du Kippour (1973).

Restée seule avec Ofer, son cadet dont le père est Avram, Ora apprend que son fils, à peine son service militaire terminé, s’engage dans un nouveau conflit contre les Arabes.

Angoissée à l’idée de le perdre, elle décide de fuir et de se protéger de toutes informations qui pourraient lui annoncer son décès. Comme pour conjurer la mort.

Dans son exode, elle embarque avec elle Avram plus dépressif que jamais. Leur escapade en Galilée, terre à la nature intacte dont les sols sont pourtant parsemés des tombes des soldats sacrifiés, prend la forme de confessions d’Ora à son compagnon d’échappée : qu’est-ce que la maternité ? Que-ce qu’une bonne mère ? Comment être une femme dans une famille de trois hommes ? Qu’est-ce qu’un couple ? L’amour et l’amitié peuvent-ils durer éternellement ? L’amitié est-il plus fort que l’amour ?

À ces questions existentielles auxquelles les réponses vont mener à une forme de rédemption pour Ora et Avram, se dessine le portrait d’un pays lequel, depuis sa création en 1948, doit se battre pour sa survie, d’une population qui doit sans cesse se comporter comme si elle était menacée de disparition, d’un peuple de guerriers sans cesse mobilisé contre ses ennemis.

Dans une construction savante et vertigineuse à la chronologie chahutée pas toujours aisée à suivre et avec des fulgurances d’une grande intelligence, « Une femme fuyant l’annonce » est un livre important écrit par un Israélien qui s’est prononcé pour la création d’un État de Palestine et a qualifié récemment de « génocide » la guerre menée par son pays à Gaza.

Malgré toutes ses qualités, j’ai peiné à être pleinement touchée par les personnages.

Peut-être en raison d’une théâtralité un brin artificielle et de redondances qui alourdissent la lecture.

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