Critique – Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert – L’arbre vengeur

Critique – Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert – L’arbre vengeur


Quand Raphaël, le narrateur, vend les parts de son cabinet d’architecte c’est pour se consacrer à une activité porteuse de sens : l’écriture.

C’est sûrement le modèle de sa femme Laetitia, auteure à la tête d’une « communauté réduite mais réelle de fans », qui l’a poussé à prendre la plume pour se lancer dans une histoire foutraque mettant en scène un officier SS pétomane… La Shoah sur fond de flatulences, il fallait oser !

Pour trouver l’inspiration qui lui fait défaut, il fouille dans les carnets intimes de son épouse et tombe sur cette phrase : « Ai revu Léon. Il m’a prise deux fois sans débander. Sa queue est plus grosse que celle de Raphaël… ». De quoi s’inquiéter. Surtout quand on est doté d’un pénis de taille moyenne. Une bonne raison aussi pour mener l’enquête afin de découvrir celui qui fait monter Laetitia au septième ciel et, par la même occasion, raviver sa libido envers celle qui partage sa vie depuis vingt ans. Pour affirmer sa virilité et apaiser sa jalousie dévorante, il enchaîne les séances de jambes en l’air transformant sa compagne en « sac de viande ». Normal, celle-ci dévore quotidiennement de la barbaque avec une prédilection pour les abats, y compris le mou de veau… De quoi faire dégobiller nos amis végétariens et végans.

Comme les ébats conjugaux ne satisfont pas ses pulsions de mâle assumé revenu à l’état de nature, il noue une relation avec la meilleure amie de son épouse…

Récit déjanté mais néanmoins très maîtrisé, « Anatomie de l’amant de ma femme » est un modèle d’inventivité, d’humour, de crudité, d’intelligence et d’anti-politiquement correct salvateur. Cerise sur le gâteau, j’ai découvert, en compagnie de cet urbaniste de formation, des anecdotes savoureuses comme celle concernant Raymond Queneau, l’un des co-fondateurs de l’Oulipo, qui arpentaient les cimetières pour trouver les noms des personnages de ses romans ! C’est comme compulser les pages jaunes en version morbide.

Avec cette savoureuse variation sur le phallus, qui pourrait rebuter les féministes les plus totalitaires qui sont de plus en plus nombreuses, le primo-romancier Raphaël Rupert a décroché le Prix de Flore 2018. Normal quand on sait que cette distinction créée par Frédéric Beigbeder a déjà mis à l’honneur des auteurs aussi originaux, iconoclastes et prometteurs que Vincent Ravalec en 1994, Jacques A. Bertrand en 1995, Michel Houellebecq en 1996, Philippe Jaenada en 1997, Virginie Despentes en 1997, Christophe Donner en 2001 ou encore Joy Sorman en 2005. Des écrivains talentueux toujours bien présents dans le paysage littéraire. Longue vie à Raphaël Rupert !

EXTRAITS

  • Pour décrire le type de romans qu’elle écrit, je dirais qu’ils font preuve d’une grande sensibilité féminine, ce qui implique quelques passages psychologiques assommants.
  • Julien Sorel serait-il Julien Sorel s’il s’était appelé Julien Saurel ?
  • C’est un prénom de vieillard ou d’enfant de cinq ans mais personne, de près ou de loin, de ma génération, ne s’est jamais appelé Léon, à moins d’être berger dans la Creuse.

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