Critique – Je suis la maman du bourreau – David Lelait-Helo – Héloïse d’Ormesson

Critique – Je suis la maman du bourreau – David Lelait-Helo – Héloïse d’Ormesson


Tout d’abord, un grand merci à lecteurs.com de m’avoir fait découvrir David Lelait-Helo, un écrivain que je ne connaissais pas, dont l’écriture au scalpel m’a fait penser à l’immense Gustave Flaubert…. (dommage que la couverture soit aussi laide !).

Au crépuscule de sa vie, la très bigote Gabrielle de Miremont voit sa vie bien réglée s’effondrer le jour où le journal local annonce un scandale pédophile au sein de l’église. La personne visée n’est autre que son fils tant aimé, prêtre de son état…

Avec beaucoup de finesse et une capacité à créer une tension parfois insoutenable, l’auteur montre comment cette nonagénaire habitée par Dieu et pleine de certitudes accepte de reconnaître la faute impardonnable commise par son cadet, un crime qui aurait pu être évité si le clergé n’avait pas été aussi aveugle et mutique.

Et, c’est pleine de colère contre ceux qui l’ont trahie et pénétrée d’un sentiment de culpabilité, qu’elle fait le récit de sa chute qui est aussi une forme rédemption.

Par sa voix, l’auteur dénonce le poids de la transmission familiale et de la religion, en l’occurrence catholique, qui, dans sa version intégriste, aliène le croyant et lui ôte tout libre arbitre et toute possibilité de s’inventer une vie (rappelons que le mot religion viendrait du latin religare qui signifie relier).

C’est un journaliste, symbole de la liberté d’expression et chargé de faire naître la vérité, qui va ouvrir les yeux de Gabrielle sur l’évidence.

Mais cette prise de conscience aussi brusque, et que certains pourraient trouver peu crédible, ne trouve-t-elle pas ses origines dans un amour de jeunesse que la vieille femme, toujours digne dans sa douleur, a gardé inconsciemment à l’esprit ? Cette épiphanie tardive ne serait-elle pas l’élément déclencheur de l’ouverture d’un cœur trop longtemps hermétique au malheur des autres qui prend conscience, qu’à côté de sa vie bien réglée, il y a des victimes, en particulier une, de l’ignominie d’un serviteur de Dieu qui a sali le message d’amour du Christ et profité de son magistère moral pour commettre l’irréparable, cet acte qu’il est impossible de pardonner alors que l’église pardonne tout en lavant les péchés ? Et ce, en toute impunité pensant qu’il est au-dessus de la justice des hommes et occultant la souffrance des petits suppliciés…

En s’épaulant, Gabrielle et Hadrien, le jouet du prêtre, vont endurer des déchirements parallèles. Et la mère sera prête à tout pour racheter les fautes de son pédophile de fils, y compris à se sacrifier pour sauver l’âme de la victime devenue adulte…

Une lecture puissante qui donne envie de découvrir l’ensemble de l’œuvre de David Lelait-Helo dont « Je suis la maman du bourreau » est placé sous le signe de Gramsci, dont la sentence « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » résonne comme une menace.

EXTRAITS

  • Éblouie par Sa toute-puissance, je m’étais assoupie à l’ombre de la Bible, à réciter des paroles que d’autres m’avaient mises en bouche.
  • Il la détestait au point de risquer de l’aimer.
  • Elle avait pour lourde tâche de laisser à ses enfants le monde que son père lui avait transmis.
  • La laideur a parfois le talent de s’accoutrer de merveilleux habits d’apparat.
  • Dieu était un porc.
  • Comment sommes-nous tombés si bas ? Chez nous, ça ne pouvait pas arriver… Nous étions des gens si remarquables, respectés.
  • Le grand silence est la clé de voûte de ce vieil édifice qu’est l’Église et j’en ai été complice.

 

+ There are no comments

Add yours