Critique – Que la mort nous frôle – Michel Bussi – Presses de la Cité

Critique – Que la mort nous frôle – Michel Bussi – Presses de la Cité


« L’enfance est le seul refuge où l’on peut se cacher » affirme l’un des personnages du nouveau roman de Michel Bussi.

Cette phrase ainsi que l’intertitre qui ouvre le film de Charlie Chaplin « Limelight » annonçant que « L’éclat des feux de la rampe, que doit quitter la vieillesse quand la jeunesse entre en scène » donnent le ton des quelque quatre cents pages de « Que la mort nous frôle » (référence à la chanson « On the Road Again » de Bernard Lavilliers) qui renoue avec le meilleur de l’auteur.

On pense évidemment à « Nymphéas noirs », même si son dernier livre est tout de même en deçà.

L’auteur de « Mourir sur Seine », fin connaisseur du « Petit Prince » de Saint-Exupéry, s’est souvent approprié le monde de l’enfance et de l’adolescence pour construire son œuvre.

« Que la mort nous frôle » ouvre sur la voix d’un témoin anonyme déclarant qu’elle s’apprête à raconter son histoire. Nous sommes alors en 2021.

Près de soixante-dix ans plus tôt, un médecin s’apprête à injecter à une certaine Claudine une dose létale. Il est assisté d’un infirmier. Le premier s’appelle Wilhelm Gruber. Il dirige le manoir des Amarantes, un pensionnat à quelques encablures de Lausanne accueillant des jeunes brisés par la guerre. Le second est Matthias, son fidèle assistant.

Parmi les résidents se trouvent Charly, un garçon de dix-sept ans passionné de cinéma, avec une préférence pour Charlie Chaplin qui se trouve être le voisin de l’établissement thérapeutique, orphelin de père et diagnostiqué paranoïaque ; Téréza, rescapée du ghetto de Varsovie, immobilisés dans un fauteuil roulant et l’amoureuse du précédent ; Jude, anorexique et révoltée ; Fausto, survivant des camps nazis.

Après la mort suspecte de quatre malades, le changement de place de trois statues du parc, la perte d’un étage de la tour où se dérouleraient de mystérieuses expériences et le rajeunissement spectaculaire du docteur Gruber par rapport à son portrait qui trône dans le manoir comme s’il était la réincarnation du Dorian d’Oscar Wilde, Charly, dont la violence peine à être contenue à fur et à mesure que le scandale se révèle, est persuadé que quelque chose ne tourne pas rond dans ce petit coin de Suisse qui, sous couvert de neutralité et de discrétion, a recyclé les biens juifs spoliés et, autre crime que je ne connaissais pas, a financé les agissements d’un certain Alfred Siegfried, exclu de l’enseignement pour abus sexuel et fondateur en 1926 de l’Œuvre d’entraide pour les enfants de la Grand-Route consistant à séparer les enfants tziganes de leurs familles. Plus de cinq cents gamins furent ainsi placés. Nombre d’entre eux subirent de mauvais traitements.

Ce n’est qu’en février 2025 que la Confédération considéra les actes de l’association comme des crimes contre l’humanité.

Plus tôt, dès le 19e siècle, des Verdingkinder, enfants de pauvres ou élevés par des parents déficients, furent envoyés chez des paysans où ils servirent de main-d’œuvre à bon marché.

Mais revenons au roman. Charly parvient à convaincre la psychiatre du centre que les décès sont suspects et que lui et ses amis sont menacés…

Même si l’intrigue est incroyable et que l’écriture, certes efficace, n’est pas le point fort de l’auteur, on se laisse manipuler avec plaisir par son talent de conteur et l’imagination addictive qu’il déploie ainsi que par son art du twist avec un final surprenant auquel je ne m’attendais pas, même si de petits cailloux avaient été semés tout au long du récit.

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