Critique – La Nuit ravagée – Jean-Baptiste Del Amo – Gallimard


Depuis qu’il s’est fait connaître en 2008 avec « Une éducation libertine », Jean-Baptiste Del Amo ne cesse de prouver qu’il a un talent protéiforme, capable de mettre en scène un jeune arriviste au 18e siècle dans son premier roman, un monde paysan bien noir dans le magnifique « Règne animal », une relation toxique père-fils dans « Le Fils de l’Homme ».

Avec son dernier opus, l’auteur, nourri par ses lectures de jeunesse et le cinéma de genre, se mesure à la littérature horrifique, celle qui se déroule souvent dans des banlieues résidentielles où s’ennuient des adolescents tiraillés entre la crainte et l’envie de devenir adulte, l’angoisse et le désir de quitter sa famille.

Dans les années 1990 à Saint-Auch, petite bourgade des environs de Toulouse où les lotissements ont poussé comme des champignons vivent Lena, Mehdi, Alex, Max et Tom, cinq amis dont les journées s’étirent entre le lycée, les virées en scooters pour se rendre au centre commercial du coin, les séances de fumette…

L’attirance pour une maison abandonnée va rompre leur quotidien. Cette maison, elle hante leurs rêves et a le pouvoir de réaliser leurs désirs inavoués. Mais ses facultés bienfaisantes ont un revers : celui de faire revivre les morts pour qu’ils pénètrent la réalité.

Si la description de l’adolescence souvent cruelle et ses interrogations sur l’identité sexuelle, sur l’avenir et sur la prise de conscience que les parents ne sont plus là pour vous protéger est bien saisie, si celle des zones pavillonnaires éloignées de la culture et des plaisirs de la consommation est bien vue, j’ai en revanche été moyennement séduite par les interminables scènes gore qui auraient gagné à être saupoudrées d’un peu d’humour comme le faisait très bien Stephen King, l’un des modèles de Jean-Baptiste Del Amo.

Il est vrai que mon adolescence et son appétence pour tout ce qui fait peur et qui touche à la mort sont bien loin.

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