Critique – L’Épaisseur d’un cheveu – Claire Berest – Albin Michel

Critique – L’Épaisseur d’un cheveu – Claire Berest – Albin Michel


Dès la première page, le lecteur sait qu’Étienne va tuer Vive.

« L’Épaisseur d’un cheveu » nous raconte le processus conduisant à ce féminicide commis par un homme qui n’a rien d’une brute tabassant sa femme au moindre écart, mot ou regard.

Étienne et Vive forment depuis dix ans un couple de bobos parisiens exclusif et fusionnel. Ils n’ont pas d’enfants.

Ils ne font rien l’un sans l’autre : les concerts de musique classique du mardi, les vacances en Italie…

Le tableau idyllique va rapidement se fissurer jusqu’à exploser.

Étienne, correcteur dans l’édition, est un homme maniaque et sérieux. Il est frustré professionnellement, persuadé que son travail n’est pas apprécié à sa juste valeur.

Alors il s’invente un grand Projet qui lui offrirait une reconnaissance méritée, lui qui est, « toujours le dernier à savoir » et souvent passé à côté de ses envies.

Un exemple : lorsqu’il était étudiant, il rêvait de faire sa maîtrise de lettres sur Verlaine. Compte tenu de l’engouement pour le poète, il fut obligé de se rabattre sur du Bellay qui lui permit d’écoper d’un médiocre « bien ». Toute sa vie est une série de petits échecs du même acabit. Seul le duo qu’il forme avec son épouse est une réussite pense-t-il.

Vive est fantasque et semble avoir de plus en plus de difficultés à supporter l’existence corsetée dans laquelle l’enferme son mari de plus en plus colérique et paranoïaque. Progressivement le désamour s’installe chez elle.

Les contraires, qui peuvent s’attirer grâce à la surprise de découvrir chez l’autre la différence, finissent par s’opposer lorsque la passion des premiers temps s’étiole.

Construit comme un thriller avec une tension croissante, « L’Épaisseur d’un cheveu » fait l’autopsie effrayante d’un couple délétère sombrant dans la haine et le portrait d’un homme banal qui bascule dans la folie en détruisant celle qu’il pensait posséder et qui lui échappe.

Une lecture saisissante et glaçante.

EXTRAITS

  • Qu’est-ce que l’on comprend de l’amour, si l’on n’en connaît pas la durée ?

Si l’on N’ENDURE pas ?

  • Étienne Lechevallier s’en alla écouter Mahler tout seul, c’était triste.
  • Verlaine qui avait écrit les plus beaux vers de la poésie française […], Paul Verlaine qui pouvait foutre des roustes de l’enfer à sa femme Mathilde Mauté, et tenter même de l’étrangler à l’occasion.

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