Critique – Princesse – Kinga Wyrzykowska – Seuil

Critique – Princesse – Kinga Wyrzykowska – Seuil


De Kinga Wyrzykowska, j’avais beaucoup aimé « Patte blanche » (2022), premier roman pour adultes de l’autrice franco-polonaise.

À la lecture de « Princesse », mon enthousiasme est presque aussi intense.

L’étrange et indifférente Barbara Lis sur laquelle tout semble glisser est une businesswoman pleine d’avenir. Elle est en effet le bras droit et l’héritière toute désignée de la fantasque Muriel Tarin, « l’une des patronnes les plus intraitables de l’industrie française » qui rêvait enfant de devenir Margaret Thatcher et qui ne se refuse pas un petite verre de cognac dès potron-minet.

Un événement cocasse va bouleverser la vie de l’entreprise d’agro-alimentaire championne de la malbouffe et c’est Barbara qui va devoir résoudre le problème.

Contre toute attente, au lieu de s’atteler à sa tâche, la trentenaire va fuir dans un geste bartlebyen et s’éprendre d’un plombier polonais amélioré qui a créé sa propre entreprise et le suit à « Plouc-Land » dont sa mère est originaire.

Ce n’est pas en ville que les tourtereaux vont s’installer, mais dans un trou paumé

Barbara a donc tout quitté pour le bellâtre « à l’odeur de betterave » : son job, sa génitrice Nina, née « la fange au cul », qui concentre sa haine sur son pays natal dont les légumes, réceptacles de millions de cadavres, ont le « goût de mort » et qui a trouvé à Paris un refuge ainsi que Val, sa meilleure amie, une trans au caractère bien trempé prête à tout pour sauver sa Barbe.

Pour son anniversaire, elle lui a offert un lapin de race « Magnus Principe » aux yeux vairons qui donne son nom au roman.

Sauf que « Princesse » s’avère être un mâle et que sa morphologie évolue bizarrement ainsi que son comportement.

Ce léporidé ne fait-il pas sa transition ? N’est-il pas queer ?

Quoiqu’il en soit, entre sa nouvelle maîtresse et l’animal, c’est le coup de foudre.

Avec un humour explosif, une imagination exubérante, des punchlines ravageurs dans la lignée d’Emmanuelle Bayamak-Tam et de Marie Pourchet, des personnages hauts en couleur et plus ou moins fanatiques, des néologismes savoureux, un petit soupçon de fantastique à visée allégorique, Kinga Wyrzykowska, dans une ode à la tolérance et à l’altérité, dézingue à tout-va notre monde moderne (misère sexuelle houellebecquienne, scandales sanitaires, dégradation des conditions de travail, perte de sens du travail, surconsommation, manipulations en tout genre, culte de l’argent…) mais aussi et surtout ceux qui, catholiques intégristes en tête manipulés par un gourou illuminé, s’opposent aux évolutions sociétales dans une démarche réactionnaire où la femme doit se limiter à un rôle de reproductrice. Sinon, gare à elle !

La Pologne, « pays de patriarcopathes fascistes », « culs-bénits » « barbares » qui croient encore aux miracles, où est née l’autrice, en prend pour son grade, avec entre autres, sa législation rétrograde du droit à l’avortement.

En octobre 2020 (N.B. l’autrice cite par erreur l’année 2022), le Tribunal constitutionnel polonais a en effet restreint drastiquement cette conquête féminine.

Et cette vague illibérale ne concerne pas que la patrie de Chopin.

Malheureusement…

EXTRAITS

  • Pologne […], pays barbare et romantique où les ours courent dans les rues […], où les femmes […] se teignent les chevaux en jaune pisse, où les hommes rincent leurs chicots pourris dès le matin avec un verre de vodka, un peuple brut de décoffrage et antisémite, qui marmonne des prières en écoutant Chopin…
  • La Pologne est le pays le plus triste du monde.
  • Sa troisième fille, la minuscule Ala, a rejoint les anges […], la petite qu’elle n’a pas eu la chance de rencontrer, son merveilleux bébé de trois centimètres, lui manque avec férocité.
  • Dommage qu’elle soit pas lesbienne, hein, ça aurait fait deux en un comme les shampoings.
  • Comment une Française s’est-elle fourrée dans cette galère ? Qui choisit la Pologne pour se reproduire ? Une égarée ou une illuminée.

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