Critique – 14 juillet – Benjamin Dierstein – Flammarion
« 14 juillet », qui clôt la trilogie consacrée aux années 1978-1984, ne manque pas de souffle. À sa lecture, nous assistons en effet à un feu d’artifice ou plutôt de balles et de grenades.
Avec dextérité et flamboyance, Benjamin Dierstein tisse sa toile pour décrire la période 1982-1984.
Après l’euphorie de l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, les déceptions s’accumulent avec le tournant de la rigueur moins de deux après l’arrivée de la gauche au pouvoir, la désindustrialisation du pays et l’explosion du chômage qui s’ensuit.
Pis, et on le saura plus tard, les socialistes n’hésitent pas à utiliser les méthodes de leurs prédécesseurs – barbouzes, écoutes, officines informelles… – et à déclencher des scandales dont l’affaire des Irlandais de Vincennes est l’acmé, avant le scandale paroxystique du Rainbow Warrior en 1985.
Les personnages qu’on suit depuis le premier tome – qu’il s’agisse de Vauthier, Paolini, Lienard ou encore Gourv –, auxquels s’ajoutent des figures réelles, ont perdu leurs illusions.
Ils ne cherchent plus qu’à se venger !
Alors que la gauche radicale la met un peu en sourdine, l’extrême droite, en jouant le jeu des institutions et des élections, commence à investir le champ politique profitant de la « trahison » par la gauche des classes populaires.
Toujours bien documenté, le dernier opus de cette « trilogie sombre » plonge dans les heures les plus noires que connut la France, celles au cours desquelles la France coopéra avec l’Allemagne nazie et souligne combien le retour à la démocratie se fit sans que les taches de la collusion avec l’ennemi ne soient totalement effacées.
L’État français, pour plaire à nos libérateurs américains obsédés par la menace communiste, s’employèrent en effet à blanchir certains collabos qui, près de quarante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale continuèrent de menacer les fondements de notre République.
Cette page de notre histoire assez méconnue est proprement glaçante et vertigineuse et Benjamin Dierstein nous la raconte avec brio.
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